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Nancy Guide : Histoire, Thématique : Quelques aspects particuliers de l'Histoire de Nancy : Demographie de Nancy

L'évolution de la population (XVè siècle - 1914)

XVe - début XVIIè siècle : une première phase de croissance

Fig 1. La population nancéienne entre 1400 et 1623 A partir de la fin du XVè siècle, Nancy voit sa population augmenter notablement. Cette croissance, spectaculaire même entre 1580 et 1623 (voir graphique ci-dessous), permet à la cité ducale de rattraper en une quarantaine d'années sa voisine Metz, seule ville d'envergure jusque là, et de se hisser au rang de capitale de la Lorraine.

Cependant, un tel essor ne se fait pas sans poser quelques problèmes, notamment au niveau sanitaire. Pour y remédier, les ducs prennent différentes mesures : ainsi, dès 1604, il est interdit de déverser ses déchets dans les ruisseaux ou sur le pavé des rues ; de même, en 1629, on défend aux rôtisseurs établis près de l'église Saint-Epvre de se débarrasser sur la voie publique des restes de leurs volailles, et par la même occasion, cette profession se voit priée d'aller s'établir ailleurs qu'au centre ville. Deux autres catégories de personnes font également l'objet de l'opprobre ducale (mais peut-on toujours parler « d'hygiène » ?) : les prostituées, dont le « métier » se trouve prohibé, et les mendiants. En ce qui concerne ces derniers, deux valets sont chargés de leur faire l'aumône … avant de les expulser sans autre forme de procès. Cependant, la politique ducale n'est pas seulement répressive ; ainsi, en 1623, les autorités interdisent la vente au détail de vin pendant tout le mois d'octobre, c'est-à-dire juste après les vendanges, pour prévenir les risques de dysenterie. Cet embryon de « politique de santé publique » vient compléter les quelques infrastructures sanitaires dont dispose Nancy à cette époque : une léproserie, fondée au XIIè et dont le nombre de patients tend à diminuer au cours du XVIIè (même si la lèpre ne disparaît pas totalement) ; et un hôpital, créé en 1336 par un prêtre nommé Warnier et dédié à Saint-Julien l'Hospitalier.

Fig 2. Les métiers à Nancy vers 1620 Vers 1620, donc, la population nancéienne, forte désormais de quelque 16 000 âmes, offre un visage diversifié ; comme en témoigne le diagramme ci-dessous, qui montre la répartition entre les différentes professions de la population masculine en âge de travailler (nobles et bourgeois inclus), la palette des métiers représentés est fort large ; on remarquera la proportion relativement importante de fabricants d'articles textiles et, dans une moindre mesure, de cuirs.

XVIIè siècle : les effets de la guerre de Trente Ans

Fig 3. Evolution de la population nancéienne entre 1628 et 1720 Cependant, peu après débute la Guerre de Trente Ans, qui malmène durement Nancy et sa région : en moins d'une vingtaine d'années la population nancéienne chute de plus de moitié, passant de 16000 habitants en 1628 à moins de 6000 en 1645.

Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer cette catastrophique évolution : la guerre d'abord, avec son habituel cortège de morts, auxquels il faut ajouter ceux provoqués par les épisodes de famine. Celle-ci fut ressentie d'autant plus durement que les Nancéiens, écrasés par une fiscalité galopante, manquaient d'argent pour acheter les biens nécessaires à leur survie. En effet, prise en tenailles entre des ressources trop faibles et des dépenses sans cesse croissantes (il fallait bien entretenir tous les soldats présents dans la région), la municipalité n'eut d'autre solution que d'alourdir les impôts, pénalisant davantage la population.

Fig 4. Evolution de la population entre 1709 et 1777 Pour compléter le tableau, enfin, les épidémies firent leur retour, et plus précisément la « peste d'Orient », dont la propagation se trouvait facilitée par les mouvements de troupes. Elle déferla sur la région dès 1627 en attaquant d'abord Moyenvic, puis Saint-Nicolas-de-Port et Villers l'année suivante. En mars 1630 , elle toucha Nancy en dépit des efforts déployés pour la contenir ; 1631 et 1635 furent des années particulièrement noires, avec pour cette dernière près de 1000 morts en quatre mois pour la seule paroisse de Saint-Sébastien.

Fig 5. Evolution des métiers entre 1789 et 1797 Bref, Nancy sortit durement éprouvée du conflit, et plusieurs décennies lui furent nécessaires pour réparer tous les maux qu'elle avait subis. Cependant, dès 1645 la population recommença à augmenter ; ce mouvement fut conforté et amplifié par la politique de Léopold [1698 - 1729], qui favorisa l'installation de nombreux étrangers, si bien que vers 1720, la capitale lorraine avait retrouvé le niveau démographique qui était le sien un siècle auparavant.

XVIIIè - début XIXè siècle : croissance et modifications structurelles

A partir de Stanislas et pendant tout le XVIIIè siècle, la Lorraine connaît une relative stabilité politique et économique ; profitant de ce contexte favorable, la population poursuit sa croissance, doublant en une cinquantaine d'années. Seules les années 1730 font exception : la guerre de Succession de Pologne agite l'Europe, les troupes royales occupent Nancy, le nombre d'habitants stagne. Toutefois, à la fin des années 1780, la capitale lorraine compte tout de même 30000 habitants ; si la tourmente révolutionnaire affecte peu ce chiffre (quelques centaines de personnes à peine quittent la ville), elle entraîne quelques modifications dans la structure de la population.

Fig 6. Evolution des métiers entre 1797 et 1815 Ainsi, on constate que la noblesse ne compte plus aucun représentant ; il ne faudrait toutefois pas en conclure que tous les « ci-devants » furent guillotinés ( !), mais plutôt que la grande majorité d'entre eux bascula dans la catégorie des « rentiers ». On remarque également une nette diminution du nombre de commerçants d'une part, de domestiques et de journaliers d'autre part : sans doute faut-il voir là le résultat des troubles économiques de la décennie 1790.

Fig 7. Age de la population / Veuvage Ces évolutions structurelles amorcées à la fin du Siècle des Lumières se poursuivent au cours des deux premières décennies du siècle suivant :

Plusieurs points sont à noter :

Fig 8. Evolution de la population entre 1777 et 1869 D'abord, le nombre d'ecclésiastiques continue à diminuer, résultat de la disparition des ordres masculins, de la fermeture des séminaires et de l'absence d'ordinations. Les rentiers, essentiellement d'anciens nobles et des bourgeois ayant fait fortune, voient également leur nombre diminuer doucement au fil des années. Trois autres catégories encore enregistrent une baisse de leur effectif : les commerçants (il est vrai que le règne de Napoléon ne correspondit pas à une période de grande prospérité économique pour la France), les domestiques et journaliers, et enfin les professions agricoles, jardiniers et vignerons. Quelques décennies plus tard, la Révolution Industrielle les fera totalement disparaître.

Fig 9. Evolution de la population entre 1869 et 1913 Par contre, les effectifs des « professions diverses » poursuivent sur la voie de l'augmentation. Sous ce vocable quelque peu flou se cachent, outre les professions libérales, les militaires et surtout les fonctionnaires ; or, le nombre de bureaucrates augmente après 1799, lorsque Napoléon met en place une administration structurée dans chaque province ; les préfets, « inventions napoléoniennes », s'emploient alors à organiser différents services.

Cependant, l'Empire napoléonien n'a pas seulement eu pour effet l'augmentation du nombre de fonctionnaires ; plus sérieusement, les multiples guerres menées à travers toute l'Europe ont contribué à créer un grave déséquilibre dans la population. Ainsi, il y a à Nancy en 1815 plus de trois fois plus de femmes que d'hommes ; et 1956 veuves pour 509 veufs seulement… La recherche de la grandeur -pour la France - et de la gloire - pour son chef - passe souvent par des voies bien cruelles.

1830 - 1914 : le temps de l'expansion démographique

Fig10. Evolution du nombre de militaires à Nancy entre 1866 et 1913 A partir des années 1830, profitant du calme de la Monarchie de Juillet, la population nancéienne repart à la hausse. A partir de 1870, sa croissance va même devenir spectaculaire : en quelque quarante ans, de 1870 à 1913, le nombre d'habitants passe de 47000 à 120000,soit une progression de 140% ! Même la ville de Paris n'enregistre pas une telle augmentation, qui contraste d'ailleurs fortement avec les tendances démographiques du reste de la France.

Fig11. Pourcentage de militaires dans la population Deux éléments expliquent cette évolution atypique : d'abord, la seconde moitié du XIXè siècle voit s'épanouir la Révolution Industrielle, tout particulièrement en Lorraine où débute l'exploitation intensive des mines de fer et de charbon, tandis que la sidérurgie se développe. Or, ces industries sont grosses consommatrices de main-d'œuvre et attirent dans la région de nombreux immigrants. Toutefois, ce ne sont pas eux qui contribuent le plus à l'accroissement de la population nancéienne, car l'ancienne capitale des Ducs de Lorraine n'est pas située à proximité des principaux gisements ; Nancy, en fait de main d'œuvre, attire surtout des femmes qui cherchent à s'employer comme ouvrières ou domestiques.

Dans ces conditions, il faut plutôt se tourner du côté de l'Histoire pour comprendre l'origine du dynamisme démographique nancéien ; Nancy, en effet, a largement bénéficié - sur ce plan-là du moins - de la guerre de 1870 et de ses conséquences. Ainsi, au lendemain du conflit, un certain nombre d'Alsaciens et de Lorrains qui refusent leur nouvelle nationalité allemande optent pour l'immigration ; la plupart essaient de s'établir à proximité de leur région d'origine, et 13000 d'entre eux (chiffre pour 1877), décident de s'installer à Nancy. Mais surtout, depuis que le nord de la Lorraine a été intégré à l'Empire allemand, Nancy est devenue « ville-frontière » - ou peu s'en faut : les gouvernements de la IIIè République y font stationner de nombreuses troupes, des casernements sont édifiés et les militaires passent de 1,27 % de la population en 1866 à presque 9 % en 1913. Voilà l'ancienne capitale de Stanislas devenue ville de garnison…

Fig12. Situation maritale des nancéiens à la fin du XIXe s. Pour conclure, à quoi ressemble la population nancéienne en cette fin du XIXè siècle ? Un constat s'impose : les véritables « autochtones » ne sont pas majoritaires. C'est ainsi que dans les années 1890, 34 % seulement des habitants de Nancy y sont nés, 22 % viennent des campagnes environnantes et 36 % sont issus d'autres régions. Parmi les étrangers, nombreux également, on compte des Allemands, majoritaires, des Luxembourgeois, des Belges, des Suisses, des Italiens et même des Russes ! L'immigration apparaît bien comme le véritable moteur de la croissance démographique, la natalité restant quant à elle plutôt faible. Il est vrai que les problèmes de logement, récurrents, n'incitent pas les familles à s'agrandir ; mais il faut surtout chercher du côté du nombre important de célibataires et de veufs/veuves (respectivement 14000 et 5000 en 1877, sur un total de 64700 habitants), la véritable raison du faible nombre de naissances. Certes, la plupart des nouveaux arrivants sont jeunes ; mais, conséquence du déracinement ou des conditions de travail, beaucoup ne se marient pas (presque un jeune adulte sur deux reste célibataire !). Toutefois la nature ne perd pas ses droits : dans les années 1870, 3 enfants sur 10 nés à Nancy sont illégitimes…

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