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Nancy Guide : Histoire, Chronologie détaillée : 15) 1870 1918 : periode de guerres

1870-1918

70's : une Lorraine à feu et à sang

A la déclaration de la guerre en 1870, les lorrains sont certains de vaincre sans toutefois se faire d’illusion sur la puissance de l’adversaire ni sur les pertes humaines qui s’ensuivraient.

A compter de juillet 1870, Nancy voit passer les troupes qui se dirigent vers Metz. Les nouvelles des premières défaites arrivent peu après : Les troupes allemandes atteignent Nancy le 12 août. La ville n’est plus équipée pour assurer sa défense, et est donc occupée sans combat. La plupart des troupes françaises stationnent alors à Metz. Nancy reste occupée par les allemands tant que les autres places lorraines ne sont pas assiégées. Puis, quand le front s’éloigne vers l’ouest, Nancy reste une étape importante dans les liaisons avec l’Allemagne.

Le traité de Francfort, le 10 mai 1871, enlève à la France l’Alsace, la quasi totalité de la Moselle, et le tiers de la Meurthe. Nancy se retrouve ainsi à 25 kilomètres de la nouvelle frontière et paraît indéfendable en cas de nouveau conflit. Les troupes allemandes, quant à elles, restent quelque temps à Nancy (de septembre 1871 au 1er août 1873), pour s’assurer du paiement des indemnités de guerre. Les actes envers les allemands demeurent cependant assez rares, malgré les difficultés liées au logement des officiers et des troupes.

Le 17 juillet 1871, un feu se déclare dans le palais ducal, partiellement occupé. Les secours sont retardés par une discussion entre allemands et français. De nombreuses pièces du musée lorrain attenant sont détruites. L’empereur d’Autriche donnera une bourse de 100 000 francs pour réparer les dégâts.

Paradoxalement, le défaite de 1870 donnera à Nancy un souffle nouveau. De ville moyenne, elle deviendra la "Capitale de la France de l'Est". A ce titre, elle accueillera, comme une bonne partie de la Lorraine restée française, de nombreux émigrés mosellans et alsaciens. Provenant de régions riches, ces émigrés participent activement à l'économie locale. De nombreux industriels et artistes s'installent donc à Nancy, donnant à la ville un dynamisme rare.

80's : Nancy, ville d'Art...

Les années 1880 se caractérisent par l'explosion de l'Art. En 1882, l'ancienne école municipale de dessin devient Ecole municipale et régionale des Beaux-Arts. De nombreux artistes voient le jour et restent à Nancy pour y exprimer leur art : on citera Emile Gallé, né à Nancy en 1846, Louis Majorelle né à Toul en 1859, Eugène Vallin né à Herbevillers en 1856.

Emile Gallé, notamment, marquera son temps : à la fois céramiste, verrier et ébéniste. Il atteint la notoriété en 1889, lors de l'Exposition Universelle. Utilisant à la fois une inspiration d'arts asiatiques et sa passion pour la nature, Emile Gallé créé un style inimitable. Il inspirera, de part sa créativité innovante, d'autres artistes tels que Louis Majorelle ou Eugène Vallin. En 1895, Gallé fonde sa cristallerie avenue de la Garenne. Majorelle doit trouver un nouvel atelier pour répondre à la demande croissante, et les frères Daum transforment une fabrique de verres de lunettes en verrerie d'art.

Majorelle, Vallin, Hestaux et Gallé fondent en 1901 l'« Ecole de Nancy », qui laissera l'emprunte d'une époque fertile pour les Arts de Nancy. On y compte de nombreux artistes, dont les frères Müller installés d'abord à Croismare (fabrication d'objets en pâte de verre) puis Lunéville, Almeric Walter collaborateur de Daum vers 1900 et qui s'installe ensuite à son nom, Delatte (pâte de verre), Jacques Grüber (vitrail), Victor Prouvé, Camille Martin (peintres), Jean Prouvé (ferronnier d'art) Charles Fridrich (décorateur), Louis Majorelle (architecte), Guy Ropartz (musicien, compositeur, Directeur du Conservatoire).

La fin du XIXe et le début du XXe siècle :

Tout n'est cependant pas rose au pays des Ducs de Lorraine. La pauvreté reste de mise pour une bonne partie de la population, notamment dans les milieux ouvriers. Pas de couverture sociale ni de congés payés, des conditions de vie précaires et des conditions de travail peu enviables. Pour peu qu'un hiver rigoureux s'annonce, et c'est la misère qui resurgit. Ainsi, en 1891, la rigueur de l'hiver est telle que la ville doit s'organiser pour trouver des refuges et des aliments pour les plus misérables. La tuberculose réapparaît. On compte 12000 "assistés" à Nancy en 1892. Les vieilles croyances resurgissent : des loups rôderaient en Meurthe-et-Moselle. On offre récompense à qui en abattrait.

Dans ce chaos social, des mouvements s'organisent, visant à créer des cités ouvrières afin d'éviter les logements insalubres tels ceux du secteur du Tapis-Vert.

Politiquement, Nancy reste stable malgré la présence allemande : le choix de la République sera maintes fois confirmé tout au long des 20 années suivantes. Après les évènements de 1871, les gens essaient d’oublier : l’inauguration du monument à Thiers, place de la gare, en août 1879 y est certainement une des manifestations les plus représentatives. Cependant, quelques faits divers défraient la chronique, rappelant la proximité de la frontière.

En 1898, l’affaire Dreyfus ranime une campagne antisémite envers la communauté israélite, nombreuse à Nancy. Quelques hommes, dont Emile Gallé, prennent la défense de Dreyfus au nom de la justice. Mais ces derniers sont obligés de se faire discrets à cause de l’honneur dû aux armées que les nancéiens, historiquement, prennent très au sérieux. Barrès, candidat aux élections législative, appelle à la lutte contre les étrangers et est vivement critiqué pour ses discours démagogiques. Il sensibilise pourtant les classes populaire en déclarant « Nous définissons le socialisme comme l’amélioration matérielle et morale de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. »

L’activité universitaire, quant à elle, est en pleine ébullition : les recherches du docteur Bernheim, qui reprend les thèse du Dr Liebault (« du sommeil provoqué et des états analogues », « ébauche de psychologie ») , s’opposent aux thèses parisiennes du Dr Charcot. Cette nouvelle approche de la médecine sera reprise plus tard par Freud, ce dernier ayant fait une partie de ses études à Nancy. Les autres universités ne sont pas en reste, notamment dans les domaines de l’Histoire ou les sciences-physiques/chimie.

L'activité viticole locale cesse vers 1896 suite à la destruction du vignoble par un puceron. Par contre, les brasseries sont en plein essort : les frères Tourtel brassent depuis 1852 à Tantonville. Ils accueillirent Pasteur qui étudia la fermentation en 1874 et 1875. Cette brasserie devait devenir la plus importante de France à la fin du XIXe siècle.

En ce début de XXe siècle, Nancy reste une ville ouverte et moderne où il fait bon vivre. La population a soif de loisirs : Le dernier lieu à la mode est l'Excelsior (propriété des brasseries de Vézelize), même si les cafés situés Place Stanislas restent les plus rafinés (la Rotonde dont les jardins connaissent un grand succès, le Grand café du Commerce, le café de la Comète...). En 1900, sous l'impulsion de l'abbé Girard, un complexe prenant le patronyme de la "Cure d'Air" voit le jour sur les hauteurs de la ville. Bâti sur les plans de l'architecte Emile Jacquemin, on y trouve des aires de jeux, un restaurant, des buvettes, une promenade et, surtout, un point de vue imprenable sur la ville. Le tout Nancy y vient par le funiculaire créé spécialement. Autres lieux à la mode : la brasserie Wagner et Demogeot, au terminus du vélodrome de Vandoeuvre du tramway nancéien, qui accueille près de 1600 personnes. Mais aussi la guinguette de la Cure d'Air Trianon à Malzéville, chef d'oeuvre d'Art Nouveau aujourd'hui laissé à l'abandon. Les manifestations et spectacles sont nombreux. Les spectateurs assidus. La foire de Nancy constitue l'évènement immanquable du printemps.

La première guerre mondiale

Dès la fin des années 1870, Nancy renforce ses troupes à Nancy. Le nombre de soldats passera ainsi de 1,3% de la population à 9% en 30 ans. En 1898 est fondé le XXe Corps d’armée. Le commandement de cette unité constitue un poste recherché, et de nombreux officiers essaient de se faire nommer à Nancy. Le général Foch, reconnu comme professeur de stratégie, y est nommé en 1913. Les commandements parisiens insistent pour créer une défense de Nancy, notamment en construisant une ligne sur les hauteurs, afin de parer toute attaque allemande. Toutefois, on ne procédera qu’à quelques travaux.

En 1913, à la veille de la Guerre, Nancy rayonne comme jamais : elle compte plus de 110 000 habitants alors que Metz n'en compte que 58 000. Le 2 août 1914, les nancéiens subissent la mobilisation générale dans l’acceptation de l’événement, sans joie ni révolte. Dans un premier temps, à l'annonce de l'entrée dans Mulhouse, l’enthousiasme est de mise. Enthousiasme rapidement envolé suite à l’offensive allemande à travers la Belgique et la progression française en Moselle brusquement stoppée à Morhange. Bientôt, le reflux des troupes fait craindre l’abandon de Nancy, d’autant plus bouleversant pour les nancéiens que les nouvelles rapportent des faits de violence et d’incendies à la bataille de Nomeny.

Durant les quatre années de guerre, le front se stabilise en Lorraine et Nancy reste indemme jusqu’au bout. Cependant, la ville semble précaire face aux batailles : en 1915, on entend les coups de canon, en provenance de Pont-à-Mousson. Plus tard, durant la longue bataille de Verdun pourtant à 100 kilomètre de là, un grondement sourd reste parfaitement perceptible.

D’autre part, la ville subit les bombardements ennemis tirés par avion, zeppelin ou artillerie lourde. Ce sont au total 1210 projectiles, qui feront 177 tués (majoritairement civils) et 300 blessés, et qui toucheront de nombreuses construction, dont l’église Saint-Epvre.

Economiquement, tout est fait pour maintenir une activité honorable : les industries sont reconverties à une activité de guerre. On instaure des allocations chômage et autres soupes populaires, on organise l’accueil des réfugiés. Mais les transports, notamment la voie ferrée, sont quelque peu bloqués pour le passage des militaires et quelques denrées viennent à manquer.

En janvier 1918, tout laisse croire que Nancy sera la prochaine cible des allemands. Clemenceau et Pétain prennent cette éventualité très au sérieux, et décident de réduire la population civile de Nancy : 30 000 personnes partiront en un mois. Puis le front s’éloigne vers la Picardie.

Le 11 novembre 1918, Nancy accueille la paix avec soulagement et la joie de recouvrer les terres perdues en 1871. Les nancéiens s’inquiètent toutefois de l’avenir de leur ville : sera-t-elle « effacée » au profit de Metz ou Strasbourg ? Le 11 janvier 1919, le Conseil Municipal demande l’intangibilité du département de Meurthe-et-Moselle.

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