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La mort de Stanislas, le 23 février 1766, rendait la Lorraine à la France, réduisant Nancy à une simple ville de province. L’élan culturel, architectural et scientifique initié par Stanislas, perdura, mais il est à noter que l’influence française se fit plus présente : ainsi l’architecture perdit de son homogénéité, et tous les arts, sociétés et autres associations mettant en avant l’indépendance lorraine furent interdits. La cour souveraine, un instant menacée, fut sauvée grâce au traité de Vienne de 1737. La cour vit même ses attributions augmenter avec la juridiction du parlement de Metz, en 1771.
Par contre, certaines institutions charitables connurent un déclin significatif. Elles furent pour certaines remplacées par une surveillance accrue des pauvres, misérables et vagabonds. Un dépôt de mendicité fut créé en 1769 : compromis entre l’hôpital et la prison, on y entassait, pêle-mêle, vagabonds, délinquants, filles publiques, enfants abandonnés…
Nancy connut un des plus grands centres de ce type, avec plus de 1300 personnes détenues de 1769 à 1773. Bien que de nombreux de ces établissements furent démantelés par Turgot en 1775, celui de Nancy subsista. Dès 1778, on y intégra un atelier textile en vue de former les détenus à un métier, en vue de leur libération.
Turgot fit créer des ateliers de charité, lesquels avaient pour but de constituer un secours au chômage. De même, un hôpital fut construit pour recueillir les enfants trouvés, jusqu’à l’âge de 14 ans. Cependant, face aux dépenses, il fallut faire travailler certains enfants dans les ateliers.
Cependant, de graves problèmes subsistaient au niveau économique : les récoltes inégales, la spéculation qui s’ensuivait, le chômage et les vagabonds attirés par la ville, la nostalgie de l’indépendance passée, la fiscalité royale, eurent pour conséquence d’engendrer quelques révoltes à compter de 1771.
En août 1788, la convocation des Etats Généraux provoqua la satisfaction de la population qui attendait beaucoup de ces réunions. En décembre 1788 et janvier 1789, des assemblées générales comprenant des délégués des trois ordres votèrent à un très forte majorité le doublement de la représentation du Tiers (soit deux , pour le clergé et la noblesse, et quatre pour le Tiers Etat), ce qui fut accordé. Les délégués de Nancy proposèrent également que Nancy eût un député particulier, que la Lorraine soit dotée d’Etats provinciaux et que ses droits, définis par le traité de Viennes de 1737, soient confirmés.
Le cahier de doléances fut signé en mars 1789, avec 34 articles d’ordre « national » (vote par tête, impôts nationaux…) et 20 articles pour la Lorraine et Nancy (douane, salines, impôts locaux…).
Les troubles de juillet 1789 n’atteignirent que très faiblement la Lorraine, et n’atteignirent pas Nancy, grâce au comte d’Haussonville, commandant en chef de la province, et officier à l’esprit ouvert.
Dès la fin de l’été, l’Assemblée entama les réformes administratives et politiques. Le duché serait divisé en quatre départements. Nancy, la plus grande ville, devait devenir le chef-lieu du département de la Meurthe, malgré une rivalité avec Lunéville. Il fut d’ailleurs décidé que Nancy et Lunéville deviendraient alternativement le centre administratif du département, mais cette mesure ne fut jamais appliquée.
Au printemps 1790, les « Communes » (représentants du Tiers, nobles et ecclésiastiques) constituèrent un comité provisoire et les premières élections municipales eurent lieu. Le premier maire fut le comte Custine Auflance, qui prit son mandat dès le 27 août 1790.
Cependant, les événement entraînèrent une mutinerie de la part des garnisons situées à Nancy. Celles-ci, au nombre de trois, étaient constituées d’officiers et soldats qui étaient favorables au nouveau régime et fondaient divers clubs, encouragés par les civils. L’un des officiers, libéré de la Bastille le 14 juillet, fonda une société des « amis de la Constitution ». Début août, il y eut un pillage de l’Arsenal avec la complicité des militaires, permettant l’armement des civils. Le commandant de province, la Noue, essaya de s’interposé, mais, manquant d’autorité, fut séquestré.
Le 12 août 1790, la Constituante, formée de juristes très attachés à l’obéissance des troupes, décréta des mesures sévères contre les mutins. Envoyé pour appliquer ces mesures, le général Malsaigne échoua face à la foule. Mal protégé par ses soldats, il fut séquestré à son tour.
Le marquis de Bouillé, conservateur, fut alors désigné pour envoyer des troupes diverses sur Nancy. Arrivé le 31 août porte de Stainville, il fut confronté à des civils armés, des mutins et des gardes nationaux l’empêchant de pénétrer dans la cité. Bouillé envoya alors un ultimatum : « Dans une heure, MM. La Noue et de Malsaigne seront hors de la ville, ainsi que les trois régiments sans leurs armes, attendant mes ordres, sinon j’entre à coups de canon. »
Cependant, des négociations eurent lieu. Parmi les négociateurs, un jeune lieutenant breton, Désilles (1768-1790), s’interposa, soutenu par les nobles de Nancy. Bien que Désilles ne soit pas animé de mauvaises intentions, qu’il se soit couché sur un canon, bien que les canons furent éteints par la femme du gardien de la porte « « en y versant des seaux d’eau », le feu fut ouvert. L’affrontement dura deux heures et engendra 300 morts ou blessés. Le lieutenant Désilles, blessé quatre fois, mourut des suites de ses blessures le 18 octobre. Bouillé entra dans Nancy et se livra à une répression impitoyable. Les trois régiments furent dispersés dans les garnisons de la région. Une toile de Jean-François Barbier, peinte dans le style de l’école de David et relatant ces tristes évènements, est visible au musée de l’école des Beaux-Arts de Nancy.
Nancy, ville religieuse, vit arriver de nombreux problèmes, suite aux décrets de 1789. En effet, le clergé allait devoir se plier aux exigences du nouveau régime, ce qui ne se fit pas sans mal. Les changements concernaient les biens, et, surtout, le fait de prêter serment à la constitution.
Le 24 avril 1792, lors de la déclaration de guerre à l’Autriche et la Prusse, il parut évident que les troupes prussiennes ou autrichiennes passeraient par le département de la Meurthe, et donc Nancy. La ville se prépara donc à la défense, offrant plus de volontaires à combattre qu’il n’en était demandé, fabriquant des fortifications légères aux carrefours, ponts et autres endroits stratégiques. Lorsque l’invasion débuta au cours de l’été 1792, les nancéiens furent pris de panique. Mais les troupes austro-prussiennes se dirigèrent vers Verdun, ne passant absolument pas par le département de la Meurthe, avant de battre en retraite après Valmy.
Entre-temps, le roi avait été arrêté le 10 août 1792. Les nancéiens n’étaient opposée ni à l’église ni à la monarchie (qu’elle ne connaissait que depuis un quart de siècle), et n’approuvaient aucunement les évènements qui se déroulaient en Lorraine et dans la monarchie. Ainsi, les élus devinrent suspects aux yeux des habitants : La Fare, Boufflers, Ludres émigrèrent. Régnier, Duquesnoy (maire) et Lallemand furent arrêté comme suspect, d’autres furent exécutés : les nancéiens restèrent réticents face aux excès révolutionnaires parisiens. Ainsi, l’avènement de la République le 21 septembre 1792 fut accueillie en retard (le 7 octobre) et sans enthousiasme par la population.
Nancy fut victime des excès de la révolution : ainsi, un bataillon de fédérés (appelés les marseillais), se livra en novembre 1792 à des violences à l’encontre de tout ce qui représentait l’ancien régime : les grilles de Jean Lamour en furent les victimes, les tableaux représentant rois et ducs de Lorraines… Ils menacèrent de massacrer les détenus, couper la tête aux aristocrates, contraindre la municipalité à baisser le prix du pain… Le 15 novembre, le colonel Saint-Sulpice, commandant de la place, réussit, non sans peine, à mettre en déroute les « marseillais ».
La politique de la « Terreur » fut instauré par quelques hommes : Mauger, commissaire du conseil exécutif provisoire, dès juillet 1793, et envoyé de Paris : «Je suis envoyé à Nancy pour y prêcher la paix, mais je ne la prêcherai que le poignard à la main… » , Glasson-Brisse, et Philipp, qui firent tous trois illusion en dénonçant les aristocrates et autres traitres de la Patrie. Tous trois furent arrêtés par Faure.
Conséquence de la « Terreur », le tribunal révolutionnaire vit le jour le 18 novembre 1793, avant d’être démantelé dès le 4 janvier 1794, n’ayant finalement que peu servi (13 condamnations à mort pour raisons politique), mais des milliers de suspects furent arrêtés durant cette période. De part divers récits, ces emprisonnements ne furent pas très durs : on y représentait des concerts, et organisait des bals !
Le retour à une vie normale se déroula de manière progressive, jusqu’en 1796, et ce, malgré une certaine instabilité politique. Le Directoire se heurtait à des problèmes d’ordre économiques et politiques à Nancy : la pénurie était alors entretenue par les réquisitions, et les campagnes entourant Nancy n’étaient pas très riches. La conscription était une autre cause du problème, ainsi que le ralentissement économique, notamment au sein des manufactures textiles. L’éducation était à l’abandon, en raison de la mouvance anti-cléricale. De même, la vieille querelle entre Nancy et Lunéville ressurgit quant au devenir des administrations. Seuls les bourgeois trouvèrent de l’espoir dans ce nouveau régime, aussi bien sur le plan politique qu’économique, grâce à divers investissements.
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