Charles III mourut à l’âge de 65 ans, le 14 mai 1608. Henri II, son successeur, fit son entrée solennelle deux ans plus tard, le 20 avril 1610. Il mena une politique de neutralité qui favorisa la paix jusqu’à la guerre de trente ans.
Le duc n’avait pas de fils, mais une fille, Nicole, ce qui engendra une compétition matrimoniale envers sa fille. François de Bassonpierre vint proposer la main du Dauphin de France, le roi d’Espagne Philippe II offrit l’un de ses fils, et François de Vaudémont, frère d’Henri II alla jusqu’à proposer son fils aîné, cousin germain de Nicole… L’assassinat d’Henri IV écarta la candidature française. Finalement, Nicole épousa Charles, fils de François de Vaudémont, en 1621.
Le 31 juillet 1624, Henri II mourut et fut inhumé à la Collégiale Saint-Georges. Le duché entra alors dans une guerre de succession, due au fait que Henri II n’avait pas de fils. Sa fille aînée était mariée à son cousin germain, Charles, à qui devait naturellement revenir le duché. Cependant, la filiation masculine était la règle : en novembre 1625, les Etats Généraux remirent la couronne à François de Vaudémont. Il prit le pouvoir le 26 novembre 1625, puis abdiqua en faveur de son fils, Charles IV. La fille de Henri II était ainsi évincée du pouvoir.
Depuis 1618, des guerres avaient lieu dans l’Empire germanique, lesquelles allaient s’étendre dans toute l’Europe occidentale par l’intervention française. La Lorraine se retrouva naturellement, dès 1624, au centre du conflit. Charles IV, dont le règne dura de 1624 à 1675, fut souvent critiqué. En effet, durant la guerre de Trente ans, il eut plus tendance à épouser la cause des Habsbourgs que du royaume français.
Richelieu fut nommé au conseil du roi de France en 1624. Il commença alors à rompre les alliances faites avec l’empire germanique, envoya des émissaires pour traiter avec la Savoie, l’Angleterre, et Nancy. Les négociations avec Nancy échouèrent, et Richelieu chargea Cardin le Bret, intendant à Metz, de retrouver des documents qui feraient du royaume le propriétaire de certaines terres lorraines, tels l’abbayes de Bouxières-aux-Dames ou les villages de Saint-Mansuy. Ces prétentions contribuèrent à détériorer les relations entre le duché de Lorraine et le royaume.
Peu à peu, Nancy devint terre d’asile pour les ennemi du cardinal, tel Gaston d’Orléans, frère du roi, qui y séjourna en 1628, puis en 1631. Non content d’accueillir les ennemis du royaume, Charles IV partit à la conquête de Rothenbourg. Il dut cependant rentrer d’urgence à Nancy, les troupes royales de Louis XIII étant arrivées à Metz, et menaçant d’envahir le duché. Charles IV dut signer le traité de Vic-sur-Seille le 6 janvier 1632. Ce traité stipulait que le duc devait s’abstenir de toute alliance sans le consentement du roi, et de licencier les troupes ennemie au roi de France qu’il avait engagées, et de donner en gage, durant trois années, la ville de Marsal.
Ce traité contraignit Gaston d’Orléans à se réfugier à Bruxelles. Charles IV, quant à lui, accueillit les envoyés de l’empereur d’Espagne, alors ennemi de la France. Le 24 juin 1632, les troupes françaises campaient à Champigneulles et Frouard. Le lendemain, le roi de France arrivait à Liverdun. Charles IV se soumit une fois de plus à la volonté du roi, et signa le traité de Liverdun le 26 juin. Il devait donner au roi les places-fortes de Stenay et Jametz. Louis XIII rendait Bar-le-Duc, Saint-Mihiel et Pont-à-Mousson.
Durant quelques mois, Charles IV respecta le susdit traité. La mort de Gustave Adolphe de Suède allait accélérer les évènements, le 16 octobre 1632 : La France fut contrainte d’intervenir dans la guerre de Trente ans, et il était important pour le royaume de tenir les places fortes lorraines, afin d’assurer ses arrières. Cependant, Charles IV parti pour Haguenau pour porter secours aux troupes impériales menacées par les suédois. Les troupes françaises se préparèrent alors à attaquer la capital ducale.
Le 24 août 1633, Louis XIII était à Bar-le-Duc, le 28 à Pont-à-Mousson, le 29 à Amance, le 30 à Saint-Nicolas-de-Port, et le 31 aux portes de Nancy : le siège de la capitale ducale commençait. Tous les ponts sur la Meurthe et la Moselle furent coupés jusqu’à Pont-à-Mousson. Les troupes françaises comptaient 30 000 hommes, plus des renforts perquisitionnés chez les paysans champenois. Les troupeaux communaux furent capturés et le moulin incendié. Mais avant l’invasion, il fut demandé aux nancéiens « non utiles » de bien vouloir sortir hors de la ville. De plus, chacun devait se pourvoir de vivres pour 6 mois.
Dès le 3 septembre, avant même la fin de la construction du retranchement fortifié des assaillants, les négociations commencèrent pour aboutir à la capitulation et au traité de Charmes le 20 septembre 1633. Le 24 septembre, les troupes lorraines cédèrent la place de Nancy à l’armée française. Le lendemain, le roi y fit son entrée, laissant un gouverneur, le baron de Brassac, qui prit ses quartiers le 1er octobre.
Le traité de Charmes stipulait, à nouveau, que le duc ne devait pas faire d’alliance avec les ennemis du roi et que Nancy resterait propriété du roi durant quatre ans, le roi se conservant le droit de raser les fortifications de Nancy, le cas échéant.
Le roi de France profita de la capitulation nancéienne pour occuper la place jusqu’en août 1663, en raison de l’importance stratégique de la ville dans le conflit européen. D’autre part, le roi de France vit sa réputation grandir, notamment grâce aux chansonniers et poètes, du fait de la chute d’une des plus grosses places fortes européenne.
Charles IV, vaincu, tenta vainement d’assurer le gouvernement de son duché depuis Lunéville et Mirecourt, finit par se réfugier en Alsace pour abdiquer en faveur de son frère Nicolas-François, alors évêque de Toul, le 16 janvier 1634. De retour à Nancy, Nicolas-François, sa femme, et Nicole, épouse de Charles IV, furent faits prisonniers. Ils réussirent néanmoins à s’évader, qui déguisés en valets, qui cachés sous des couvertures ou habillés en paysans, et gagnèrent Vienne où ils résidèrent jusqu’en 1654. Seule Nicole resta prisonnière et fut emmenée à Fontainebleau.
Depuis 1634, la Lorraine connut un sort funeste : en juillet 1634, la place forte de La Mothe tombait, et, en novembre 1635, Saint-Nicolas fut détruite par le feu.
Voulant conquérir entièrement la Lorraine, Richelieu nomma un gouverneur général, le marquis de Sourdis, en vue de « mâter » les lorrains. Jusqu’en 1643, huit gouverneurs se succédèrent : le comte de Barrault (1635), le marquis des Fossés (1635-36), à nouveau le marquis de Sourdis (1636), le marquis d’Hocquincourt (1636-38, le marquis de Fontenay-Mareuil (1638), le vicomte d’Arpajon (1638-39), François du Hallier (1639-43). Ce dernier se distingua en assiégeant et détruisant le château de Moyen, et en améliorant les conditions de vie dans le duché. Enfin, le marquis Claude de Lenoncourt ( mi 1643).
La paix, signée à Saint-Germain-en-Laye le 29 mars 1641, fut de courte durée, puisque Charles IV tentait de récupérer ses territoires. Il fit même halte à La Malgrange et Bonsecours fin avril, et fut accueilli par une foule de nancéiens qui espérait des jours meilleurs. Puis, à nouveau, les français réenvahirent les territoires, sauf La Mothe et Longwy qui ne tombèrent qu’en juillet 1645 et juin 1646.
Enfin, la paix put revenir jusqu’en 1650, jusqu’aux négociations de Westphalie. Charles IV espéra alors retrouver ses états et, jusqu’en 1654 la Lorraine redevint un champs de bataille entre espagnols et français. Charles IV oscillait d’un camp à l’autre, et fut arrêté le 26 février 1654 par le gouverneur de Bruxelles. Il fut alors emprisonné cinq années durant. C’est en 1659 que Charles IV put recouvrer ses terres, amputées d’une bonne partie (Sierck, Sarrebourg, Stenay, Jametz, Phalsbourg…). Les fortifications de Nancy devaient être rasées, et un couloir large d’une lieue et demi devait permettre aux armées du roi une libre circulation vers l’Alsace.
Le 15 avril 1661, Charles IV ratifiait à Bar-le-Duc le traité de Vincennes par lequel il acceptait la démolition des remparts de Nancy, pour un tiers aux frais du roi, et aux deux tiers par les habitants de la région nancéienne. La démolition des fortifications de la ville-neuve fut entreprise dès 1661, mais les fortifications de la Ville Vieille furent entreprises beaucoup plus lentement, les français hésitant à détruire des fortifications qui allaient leur revenir. En effet, le 6 février 1662, Charles IV avait cédé ses états à Louis XIV, à condition d’en conserver l’usufruit.
Les plus belles pierres de taille des remparts furent conduits à Arts-sur-Meurthe, où elles servirent à construire la Chartreuse de Bosserville. L’armement, quant à lui, fut destiné à Metz, à l’exception de trois couleuvrines.
A la suite de ces tristes évènements, Nancy reprit une vie normale, avec un retour de la cour et des traditions d’avant-guerre. Afin de relever l’économie de la ville, Charles IV fit une ordonnance le 11 août 1664, par laquelle il s’engageait à dispenser de droit d’entrée, de bourgeoisie ou d’impôts, tous marchands et artisans qui viendraient s’installer dans la Ville Vieille, et cela six ans durant. Ceux qui remettraient en état un maison, ou en édifieraient une nouvelle, se verraient exonérer toute leur vie. Charles IV essaya également de rétablir les manufactures, fit faire des travaux afin d’améliorer la communication entre les deux villes.
Préparant sa campagne en Hollande, Louis XIV profita de la forte imposition du duché et des contestations qui en découlaient, pour discréditer Charles IV auprès de ses sujets, et faire mainmise sur le duché, afin d’assurer la sécurité à l’est de son royaume.
Il s’ensuivit, dès août 1670, une nouvelle occupation de Nancy par les troupes françaises. Le duc réussit cependant à s’échapper de Nancy. Le reste de l’armement, dont la Grande Couleuvrine, fut emmené à Metz. L’occupation dura jusqu’en 1698, sous la direction de multiples gouverneurs civils et militaires. Les habitants de Nancy durent se soumettre au royaume français et, notamment, payer les impôts du roi.
En 1672, les opérations du roi contre la Hollande menèrent ce dernier à reconstruire les remparts de Nancy, sur les conseils de Vauban. Louis XIV tint à visiter l’avancement des travaux qui durèrent jusqu’en octobre 1673 pour le Ville Vieille, et 1679 pour la Ville Neuve.
L’occupation et la crise des subsistances qui s’abattit à la fin du XVIIe siècle sur une bonne partie de l’Europe occidentale entraînèrent une crise monétaire sur le duché. Laquelle augmenta le poids de l’imposition et du prix des denrées courantes.
Charles IV devait mourir en 1679, et son successeur et neveu, Charles V, en 1690. Ce fut donc Léopold, à qui Louis XIV donna ses états de Lorraine par le traité de Ryswick en octobre 1697, qui devint, à son tour, duc de Lorraine.
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