René II avait alors 22 ans. Eduqué, il portait un vif intérêt aux lettres, arts, et sciences. Ce qui fit de lui un duc humaniste et protecteur des artistes. De part ses qualités, il fut, durant tout son règne, un duc populaire. Cependant, la Lorraine traversait une crise grave, notamment (encore et toujours), en raison des velléités bourguignonnes. Charles le Hardi, dit plus tard le Téméraire, manifestait alors des ambitions envers le duché de Nancy : il désirait réunir la Bourgogne, le charolais, la vallée de la Flandre, le Brabant, le Hainaut, l’Artois , la Picardie, le Luxembourg et le comté de Thionville en un seul bloc. Ce projet impliquait la disparition de la Lorraine en tant que pays indépendant, et sa fusion dans le grand royaume. D’autre part, les ambitions du roi de France, désireux d’étendre ses territoires vers l’est, menaçaient également la Lorraine.
René II signa un traité avec Charles de Bourgogne à Trèves, afin d’assurer un soutien réciproque, et promettant de ne conclure aucune alliance avec Louis XI. Charles le Téméraire, interprétant ce traité, occupa la Lorraine en des points d’un grand intérêt stratégique (Epinal, Charmes, Prény, Amance), puis envahit la Lorraine tout entière au cours de l’été 1475. Le 24 octobre, il mit le siège devant Nancy.
Petite ville faiblement équipée pour une défense efficace, Nancy formait une sorte de rectangle de 500 mètres sur 300 protégé par une épaisse muraille dotée d’un chemin de ronde. L’enceinte comprenait une douzaine de tours, ainsi que deux entrées principales renforcées de deux tours très rapprochées, appelées les « châtelets » : la porte de la Craffe et la porte Saint-Nicolas.
Les armes dont disposait Nancy étaient assez diverses : lances, piques, hallebardes, arcs et arbalètes pour les plus traditionnelles, mais aussi quelques armes à feu qui avaient fait leur apparition un siècle auparavant : des bombardes (tubes métalliques qui lançaient des boulets de pierre ou de fer de gros calibre pesant de 100 à 300 livres, pouvant tirer une vingtaine de fois par jour)., des couleuvrines et des serpentines (sortes de bombardes réduites, mais plus maniables), des fauconneaux, lançant des balles de 1 à 6 livres, ainsi que des armes individuelles, telles de couleuvrines portatives qui projetaient des plombs d’une quarantaine de grammes.
La population comptait environ 5 000 habitants, auxquels il fallait ajouter 3 500 soldats d’origine alsacienne, envoyés par le duc d’Autriche, ainsi que 500 soldats engagés au service du duc de Lorraine.
Cependant, le système défensif de Nancy demeurait imparfait : les fossés approvisionnés en eau par intermittence, l’absence d’ouvrages avancés, et des réserves en nourriture sous-dimensionnées pour soutenir un siège.
Charles le Téméraire, quant à lui, ne dispose que d’un armement limité. C’est donc l’épuisement et la famine qui amena la chute de la ville, après un mois de combats. René II, retiré à Joinville, espéra longtemps l’intervention de Louis XI. Dans le but d’éviter une effusion de sang, il écrivit à ses sujets afin de traiter. Charles accepta la capitulation, et promit de respecter les privilèges des nancéiens. Le 30 novembre, à la Saint-André, fête des bourguignons, il fit son entrée solennelle dans la ville par la porte de la Craffe, assista à la messe à la collégiale Saint-Georges, avant de proclamer sa qualité de duc de Lorraine.
Le 18 décembre, il convoqua les Etats généraux, s’engageant à maintenir les privilèges de chaque ordre, et à faire de Nancy la capitale de la Lotharingie qui s’étendait de la Bourgogne aux Pays-Bas. Le manque d’opposition des nobles s’explique par la richesse de la cour de Bourgogne, contrastant avec l’indigence des ressources lorraines.
Cependant, les échecs infligés par les suisses à Grandson et à Morat au cours du printemps 1476 eurent tôt fait de porter un coup au prestige de Charles. De plus, les ambitions de ce dernier, ajoutées à une rigueur de l’administration bourguignonne eurent pour conséquence un alourdissement de la fiscalité ainsi que la disparition des privilèges seigneuriaux.
René II sut profiter de ce renversement de situation : grâce à une aide fournie par la ville de Strasbourg et par les suisses, il regagna une partie des places perdues, tandis que les paysans improvisaient des bandes armées destinées à assaillir, limiter les ressources en approvisionnement ou démanteler les communications.
Après quelques semaines de siège, les troupes bourguignonnes capitulèrent le 6 octobre. Jean de Rubempré, qui gouvernait la ville depuis un an, eut pour René II, les mots suivants : « Monsieur le duc, ne me sachez point mauvais gré pour cette guerre ; j’aurais mieux aimé que Monsieur de Bourgogne ne l’eût point commencée ».
René II décida l’amnistie générale. Mais au même moment, Charles pénétrait en Lorraine, atteignait Neufchâteau, tandis que des renforts lui venaient du Luxembourg. Il atteignit Toul le 11 octobre, et Nancy le 20. René II confia la défense de la ville à 2000 soldats gascons, lorrains et alsaciens, avant de partir pour la Suisse pour y chercher du secours. Le 22 octobre, Nancy était de nouveau assiégée.
Charles était, cette fois ci, dans une situation plus précaire que la première fois, étant en terrain ennemi, et coupé de ses arrières. A cela s’ajoute un hiver des plus rigoureux, et un manque de bois de chauffage : 400 hommes moururent de froid et 300 eurent pieds et mains gelés. Le moral des troupes bourguignonnes au plus bas, la désertion n’était pas rare.
Les assiégés, quant à eux, subissaient également la rigueur de l’hiver : l’eau gelée empêchait l’extinction des incendies provoqués par les bourguignons, le froid très vif et la neige ajoutaient encore à cette détresse. La faim se fit rapidement sentir. Non contents de manger les chevaux, on sacrifia chiens, chats, rats et souris. On utilisa même les charpentes pour se chauffer. Dans le même temps, les nancéiens utilisèrent un stratagème classique pour l’époque : feindre de vivre dans l’abondance, suspendant aux remparts des volailles dodues.
Deux volontaires furent envoyés à la rencontre de René II : un capitaine gascon et un marchand drapier. Ce dernier rencontra René à Blotzheim, en Alsace. A la tête d’une armée de volontaires suisses, d’alsaciens et de bâlois composant une armée de 14000 hommes environ, René II promit une intervention rapide. Il franchit les Vosges par le col de Sainte-Marie pour atteindre Lunéville le 3 janvier, et Saint-Nicolas-de-Port le 4.
Stratège hors paire, le Téméraire, doté d’une armée limitée à 2000 hommes environ, avait imaginé un plan de bataille inspiré de la phalange antique : placer les troupes en lignes successives, infanterie au centre, archers et cavalerie sur les ailes.
Cependant, par manque de moyens, le Téméraire dut se borner à 2 lignes. Les fantassins attendaient les troupes de René II aux environs de l’emplacement actuel de l’Eglise de Bonsecours. La route, encadrée d’un côté par la Meurthe et de l’autre par une forêt dense et difficile à protéger, se situait sur une zone marécageuse. Cet endroit ne se prêtait donc pas à un repli massif, ni à un quelconque mouvement de troupes.
Le dimanche 5 janvier vers 8 heures, René II quitta Saint-Nicolas. Vers midi, ses troupes atteignirent les environs de Jarville. Vautrin de Wisse, seigneur de Rosières fut certainement l’inventeur du plan de bataille des troupes de René II. Un petit contingent fut chargé d’attirer l’attention des bourguignons en poursuivant la progression vers Nancy. Durant ce laps de temps, le gros de la troupe (soit 400 cavaliers, 4000 coulevriniers, 4000 piquiers, 3000 hallebardiers et 2000 hommes d’arme) obliquèrent sur les bois de Jarville et de saurupt pour prendre à revers l’aile droite bourguignonne.
Arrivée à la ferme de la Malgrange, la troupe s’arrêta avant de se ruer sur l’aile droite bourguignonne. Les deux ailes bourguignonnes se désagrégèrent. Le Téméraire voulut opérer un mouvement tournant, mais n’en eut pas la possibilité. Blessé plusieurs fois, il tenta de se replier sur son camp. Son cheval exténué s’enlisa dans les marécages, et Claude de Bauzemont, seigneur lorrain, lui porta un coup fatal.
Les troupes bourguignonnes fuyèrent vers Metz, où ils attendaient aide de la part de l’évêque Georges de Bade. Las, ils se heurtèrent au barrage des troupes lorraines au pont de Bouxières, et furent, pour la plupart, massacrés.
Le soir même, René II entrait dans Nancy par la porte de la Craffe, passa devant son palais dévasté, et s’arrêta à la collégiale Saint-Georges. Sur la place du Châtel, les têtes des chevaux, chiens, chats et rats qui avaient nourri la population durant le siège étaient rangés en files à même le sol.
Le cadavre de Charles le Téméraire ne fut retrouvé que le 7 Janvier au lieu-dit de Virelay, actuellement le Vieil Aître. Cette bataille eut pour conséquence l’unification de la France, amenant Louis XI qui, jusque là, était resté neutre, à annexer la Bourgogne et les villes de la Somme.
Les historiens fixent la fin du Moyen Age lorrain en 1477.
Autre conséquence, René II décida de punir les traîtrises, tout en récompensant la fidélité de ses sujets. Nancy, en tant que ville assiégée, se vit exempte de taille durant la vie entière du duc. En 1497, cette mesure fut déclarée perpétuelle, et dura jusqu’à la Révolution. Cette absence d’impôt direct profita à la reprise économique du secteur.
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